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Guadeloupe à Antigua, via Marie-Galante
 
-- 20 au 29 mars 2012 --
 
Nous restons dans l’archipel Guadeloupéen, pour une belle escale à Marie-Galante, puis un arrêt technique à Pointe-à-Pitre la capitale.

Plus de photos entre eau et antifouling turquoises dans notre page "Photos".

172 milles navigués
8201 milles parcourus depuis le départ
Nos escales : Marie-Galante : Saint-Louis (mouillage), Anse Canot (mouillage), Guadeloupe : Pointe-à-Pitre (mouillage, au sec, marina), Antigua : English Harbour, Freemans Bay (mouillage)
 
20 mars 2012 : Anse à la Barque – Saint-Louis (48 M)
De l’Anse à la Barque jusqu’au mouillage principal de Marie-Galante, il n’y a sur la carte que 30 milles. Oui, mais... Oui, mais le vent est annoncé « est-nord-est », soit pile poil de là où nous voulons aller. Il va donc falloir tirer des bords et rallonger considérablement notre route. Bien, le réveil sonne donc à 5h pour nous permettre de partir au petit jour.

La fameuse brise thermique d’ouest qui souffle dans les parages n’est pas encore levée (pas folle, elle) et nous descendons le long de la côte de la Guadeloupe au moteur dans un vent inexistant. Passé le cap du Vieux Fort nous ne sommes plus abrités et prenons notre cap au près dans 13 – 15 nœuds de vent sous grand-voile haute et à peine un tour dans le génois. Nous avons enfin les conditions de rêve décrites par les brochures touristiques sur les Antilles...

La Soufrière se pare de son manteau de cumulus pour la journée

Le mouillage au réveil, même pas besoin de se mettre à l’eau pour voir la chaine !
Premier virement de bord à l’approche des Saintes, et là on réalise que le courant portant à l’ouest est bien plus fort que ce que disent les brochures, on tire des bords à 130 degrés d’angle mort... La nav va être plus longue que prévu, d’autant plus que notre petit vent de rêve mollit, mollit, au contraire de la houle d’est qui elle est toujours là... Après plusieurs virements, nous peinons face à la houle dans moins de 10 nœuds de vent, et nous résignons à appuyer nos voiles au moteur, oui on sait c’est mal, mais sinon on y serait encore...

4h de près dopé au diesel plus tard, la nuit tombe et nous entrons dans la baie de Saint-Louis à la lueur du projecteur du bord. Le guide Patuelli mentionne avec raison de nombreux casiers à l’approche du mouillage il faut être très prudent surtout au moteur. De plus nous constatons avec un certain énervement que nos feux de mât ne fonctionnent toujours pas, c’est agaçant... Allez ça ira bien pour 30 minutes, on s’approche dans des fonds faibles remontant très progressivement et mouillons derrière le paquet de bateaux par 3,5m de fond de sable sur un vrai lac. Une bonne nuit à plat en perspective !
 
 
21 – 22 mars 2012 : Marie-Galante (2M)
[Séquence nostalgique, musique douce, couleurs sépias... ] Souvenez-vous, c’était il y a 9 mois, juin 2011, Port-Coton, Belle-Ile en Mer... Sous les nuages et la brise fraiche un panneau retient notre attention face aux grandioses aiguilles de schiste : Marie-Galante, par-là, 6363 km...

[Retour au présent, bruit de vagues, couleurs éclatantes !] Et nous y sommes ! Eaux turquoises, plages blanches, la « grande galette » s’étale devant nous ! Histoire de filer la métaphore un peu plus, nous avions prévu de louer des vélos et pédaler autour de l’île, comme nous avions fait autour de sa jumelle bretonne. Quelle déception quand nous apprenons qu’il n’y a qu’un unique vélo à louer dans le bourg... On se rabat sur une petite rando au nord de Saint-Louis, franchement dégoutées. Les plages sont toutefois très belles, la couleur turquoise de l’eau nous rappelle furieusement les Grenadines. On goute également à la canne à sucre qui pousse partout ici : en croquant la fibre on aspire un jus sucré... bon c’est meilleur un peu distillé et en bouteille !

Juin 2011, Belle-Ile, une partie de notre programme de nav’ sur ce panneau...

Marie-Galante, entre plages paradisiaques...

... et champs de canne à sucre

MIAM !!
Histoire de noyer notre chagrin, nous nous préparons pour la plongée et déplaçons notre annexe.... quelque part pas très loin ! Là encore nous sommes déçues : il n’y a pas de fond (à peine 1m50) , pas de corail, pas de poissons... on allait rentrer vraiment écœurées quand... une antenne, deux antennes, d’autres antennes, des dizaines d’antennes !!!!! Des dizaines de langoustes dans 1m50 d’eau ! Euh, c’est un piège ? C’est pour la caméra cachée ? En tout cas cela explique le nombre phénoménal de casiers dans les environs ! Elles ne sont pas très grosses par contre et nous sommes très sélectives dans les 3 que nous ramassons pour le dîner (oui il faut bien ça pour 2). Attention aux mains par contre elles sont le plus souvent protégées par un paquet de murènes qui semblent aimer leur voisinage.
Après ce bon dîner et une deuxième bonne nuit toujours aussi plate dans ce mouillage très bien abrité et très peu rouleur, nous partons en direction de l’Anse Canot deux milles au nord. Mouillage par 3m50 de fond dans une eau turquoise à souhait, bien viser une tache de sable il y a quelques petits cailloux mais on les voit sans problème ! Le plan d’eau est déjà un peu plus rouleur par contre.
Anse Canot, un petit air de Grenadines, la foule en moins !
Sitôt mouillées, sitôt parées pour la plongée. On se déplace en annexe à la pointe nord de l’île, dans une eau toujours aussi paradisiaque. On y trouve quelques langoustes mais elles sont vraiment trop petites. On se rabat donc sur les poissons. On croise d’énormes perroquets qui sont bien trop rapides pour nous, des grosses carangues probablement bourrées de ciguatera (c’est une toxine concentrée par certains poissons, toutes les espèces ne sont pas comestibles ici), 3 canons du 18ème siècle vestiges des luttes franco-anglaises, des murènes et des tas d’autres poissons plus accessibles. Finalement Laure nous remonte 2 poissons perroquets que l’on mangera à midi et 2 poissons soldats qui finiront en délicieux accras pour l’apéro du soir !

Anse Canot vue du mât
La vie est dure à l’Anse Canot... on hésite, va-t-on retourner nager, faire des essais d’aile de kite, ou lire un bouquin ? Finalement on reçoit un message du port de Pointe-à-Pitre sur notre portable. Après plusieurs jours de discussions avec le chantier de la marina et alors que nous n’y croyions plus après leur annulation du matin même, ça y est on nous annonce que nous pouvons gruter le bateau hors de l’eau... le lendemain à 14h ! Super on est à 20 milles de là et le vent est annoncé faible, génial... Bon bah on va remettre le réveil à 5h !
 
 
23 mars 2012 : Anse Canot – Pointe à Pitre (20M)
Départ aux premières lueurs du jour pour bien voir les casiers à langoustes toujours omniprésents dans les parages, départ au moteur comme le vent est trop faible pour espérer avancer autrement. Deux heures plus tard un souffle se lève, hésitant entre le travers et le grand-largue... Non ce serait trop beau... va-t-on le tenir, va-t-il rester gonflé, on essaye ? Allez hop, on ouvre le coffre à voile, sous le matos de l’annexe, sous le foc de brise, le voilà, le grand spi symétrique !! Sait-on encore le gréer ? Allez oui, c’est parti, le tangon bien dans l’axe comme le vent est quand même très travers, et il se gonfle ! Yes ! Quel bonheur de porter notre grande bulle multicolore en Mer des Caraïbes sous un soleil de plomb... Camille ne décroche pas de l’écoute sous prétexte que « le vent est changeant, il faut toujours régler ».

A bâbord s’étale la Basse-Terre, toujours chapeautée de cumulus
On entre dans le « petit cul de sac marin », l’eau devient turquoise, le chenal de Pointe à Pitre approche, il faut bien affaler un jour. Nous mouillons finalement devant la marina : fonds de vase de 8m, plan d’eau très agité par le passage incessant des porte-conteneurs, ferrys et bateaux de pêche.

A 14h nous nous présentons devant le trav-lift de la marina du Bas-du-Fort pour sortir Saltimbanque au sec pour un chantier de quelques jours. Après quelques péripéties nous sommes finalement sortis de l’eau à 16h. Un petit coup de karcher plus tard on réalise que les 8000 derniers milles dans des eaux plus exotiques les unes que les autres ont eu raison de l’antifouling réalisé avec amour aux Pays-Bas il y a ... il y a un an déjà ! Nous voilà avec du boulot en perspective pour les prochains jours !
 
 
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24 au 27... euh finalement 28 mars 2012 : chantier à Pointe à Pitre (5M)
Un bateau ça s’entretient, nous voilà donc parties pour quelques jours de chantier. La priorité tant que le bateau est au sec est de s’occuper de la coque. D’abord on ponce, puis l’on passe 2 couches de primaire aux (nombreux) endroits où la peinture est abimée. On finit par 2 couches d’antifouling, et même une troisième comme on a un peu de rab’ de peinture aux endroits critiques. Ça n’a l’air de rien comme ça mais ça correspond à plusieurs heures de travail en plein soleil, incroyable comme la peinture sèche vite en ces latitudes, on est toujours en train de la diluer pour être capables de l’étaler ! Deux jours plus tard la coque est comme neuve, et nous promets de belles pointes de vitesse dans les petits airs du moment.

Avant, votre coque était sale, terne et sans éclat...

... mais grâce à notre programme «Twa Bokou Bossé La », la voilà comme neuve !
Pendant que la peinture de coque sèche, nous restons occupées par divers petits travaux : retouches de peinture sur le pont, à l’intérieur, vernis du panneau de descente, refaire des joints vraiment étanches à nos hublots etc. Au passage une petite astuce pour qui voudrait faire du silicone ou du sika par 35 degrés : utiliser un outil trempé dans le white spirit pour lisser le joint ! On continue avec la réalisation du pavillon d’Antigua, protection des bois extérieurs à l’huile de lin, confections de manilles textiles d’avance...
Petit chantier tranquille donc, à peine troublé par un départ de feu dans l’entrepôt voisin :-S (et 10 min pour faire venir les pompiers, ça paraît une éternité quand on regarde son bateau de loin en s’attendant à une explosion à chaque seconde)
Lundi matin à la première heure, nous nous présentons, toutes fières, pour remettre le bateau à l’eau. Nous libérons ainsi une place sur bers sur ce chantier en permanence saturé, et le grutier ne se fait pas prier. Au passage un gréeur vérifie en 30 sec la tension du gréement, et déclare notre étai (que nous trouvions un peu mou) parfaitement en état de transater. Sitôt à l’eau, sitôt au ponton. Camille effectue une vidange et vérif’ moteur en moins d’une heure chrono. La réparation du feu de mât prend un peu plus de temps : il faut sortir et remplacer le câble défaillant dans le mât (encombré ... de gros paquets de mousse et d’herbe séchée... un petit bout de Hollande qui aura bien voyagé !) ; Laure passe son après-midi à tirer des fils et tout rebrancher en tête de mât. C’est près, demain on part !
Marina de Pointe-à-Pitre, où est Saltimbanque ??

On vous rassure le trou était plus petit que ça, là on a carrément enlevé le raccord banjo
Le lendemain, direction le fond de la rade de Pointe-à-Pitre, pour s’engager au petit matin dans la Rivière Salée (le canal qui sépare les deux moitiés de la Guadeloupe et permet de couper directement vers le Nord). Après 2 milles, on mouille et on constate une jolie fuite de diesel sur Nestor par la vis de purge. On essaie de la resserrer... elle casse carrément et le diesel gicle maintenant en continu, tandis que l’air rentre librement dans le circuit... aïe aïe aïe, il faut retourner vite fait à la marina réparer ! Camille, une main sur la barre et l’autre sur la manette des gaz, guide un Saltimbanque hoquetant vers le port, tandis que Laure maintient le circuit à peu près fermé en appuyant très fort avec son doigt (vous connaissez l’histoire du petit garçon hollandais qui a sauvé sa province de l’inondation en bouchant une digue percée avec son doigt toute une nuit ?). Le moteur s’étouffe, puis redémarre et on s’affale sur le ponton, à notre place, juste avant la tombée de la nuit.
Le lendemain on amène la vis fautive et le raccord banjo dans laquelle elle est restée au mécanicien marine « Fred Marine », spécialisé dans les moteurs Yanmar, ça tombe bien. Il dégage le bout de vis en 30 sec et nous dit de la remplacer par un boulon ordinaire. Boulon acheté (35 centimes), scié, vissé, le tour est joué ! Déjà ? Tant qu’on y est, on inspecte Nestor sous toutes ses coutures et on remarque une petite fuite d’eau par le bas de la pompe à eau. Ah, ça, on connaît, on a déjà eu le coup l’été dernier. On avait fait changer les joints spi à l’époque. Retour chez le mécano, qui dit que oui oui, c’est normal que les joints spi soient déjà usés au bout de 8 mois. Et que voici deux joints neufs. Et qu’il suffit pour les changer de sortir la pompe à eau, défaire le cache et le serre-clip, dégager l’axe (le nettoyer et vérifier les roulements), sortir les anciens joints pour les remplacer par des neufs, puis tout remonter dans le même ordre. Euh gloups, on saura faire ça, nous ? Ben oui c’est facile qu’il dit. Il nous imprime le petit schéma qui va bien. Pour une fois qu’un mécano nous dit qu’on peut réparer toutes seules, c’est facile, on va essayer... Le démontage se passe bien. Pour le nettoyage, on retourne voir notre mentor qui approuve l’état des roulements et nous conseille de tout tremper dans l’acide pour éliminer le calcaire. Les pièces et vis plongées dans l’acide sont décapées en 10 secondes dans un bruit de comprimé effervescent, impressionnant ! Et puis on remonte le tout, c’est fini avant le déjeuner !
Puzzle « très facile » en 15 pièces
Dernière discussion de ponton avec les bateaux copains (Penn Gwen et Philéas rencontrés à la Dominique y étaient déjà, et en 24h on a vu arriver les 3 Gouttes, Bel Ami rencontré à Mindelo, et les québécois sur le beau bateau vert qu’on croise à chaque étape depuis Madère, Umialtak). Et hop, on (re)largue les amarres.
 
 
28-29 mars 2012 : Pointe à Pitre – English Harbour (Antigua) (97M)
N’ayant qu’une confiance relative dans notre Nestor nouvellement rapiécé nous décidons finalement de ne pas nous engager dans le chenal de la Rivière Salée (courant, étroitesse, forte dépendance au moteur...) et de contourner la Guadeloupe par l’Ouest. Une petite nav’ de nuit, ça faisait longtemps ! Le soleil est déjà bas alors qu’on sort du Petit Cul-de-Sac Marin ; soudain Camille s’écrie « baleine ! baleine !! ». Effectivement à une centaine de mètres sur tribord, un jet d’eau, puis une énorme masse qui saute hors de l’eau pour retomber dans de gigantesques éclaboussures. Encore un jet d’eau, encore un saut, on se régale ! C’est la première vraiment grosse bestiole qu’on croise ! Impossible d’être formelles entre un cachalot ou une baleine à bosse, il y avait sans doute deux individus, et on a vu des sauts et un dos jusqu’à la nageoire dorsale.

Les frégates nous saluent à la sortie du chenal de Pointe à Pitre
Prenant l’apparition comme un signe de bonne augure, nous continuons à la voile jusqu’à la pointe sud-ouest de Basse-Terre, le Vieux Fort. C’est qu’on commence à la connaître cette côte et on sait déjà où il va falloir allumer le moteur... à notre grande surprise la fameuse brise d’ouest, que l’on croyait thermique, souffle un peu aussi pendant la nuit et nous offre quelques milles supplémentaires. Puis le vent retombe, retourne à l’est, et s’établit à 4-5bft alors qu’on se dégage de la pointe nord. La houle de nord n’est pas encore trop haute, et sous deux ris et génois enroulé nous progressons bien au près, dans un vent plus fort que prévu.
Un grand soleil se lève au milieu du chenal vers Antigua. Et puis soudain, quelques gros nuages gris arrivent, qui font refuser le vent de 30°. D’autres nuages encore, qui le font adonner un peu... et puis une série de grains, on louvoie pour éviter les premiers, mais le 3è nous rattrape. Les gouttes crépitent tellement dru qu’il est impossible de regarder devant soi. Heureusement le ciel se dégage et nous permet d’étudier la côte que nous approchons. Notre but est English Harbour, le repère secret à l’entrée réputée invisible de Nelson. Le pauvre Amiral s’en retournerait dans sa tombe, s’il voyait les abords de son antre maintenant : des dizaines de méga-yachts l’ont élu pour domicile, et leurs mâts dépassant des collines en indiquent l’entrée de jour comme de nuit ! D’ailleurs, le chenal d’accès à English Harbour est maintenant balisé avec des bouées lumineuses, c’est un jeu d’enfant.

Sitôt dans la baie nous cherchons une petite place parmi les nombreux bateaux mouillés devant la plage de Freemans Bay. On se faufile au plus près de la rive et posons la pioche sur un beau lit de sable, par 3m. Une tortue nage autour de nous pour nous accueillir : Bienvenue à Antigua !

L’entrée d’English Harbour : à droite les « colonnes d’Hercules », rochers caractéristiques, à gauche les mâts des méga-yacht, devant notre mouillage
 
 
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Vos messages:

Nadia - 02/04/2012 20:17:24
la couleur de l'eau est ... merveilleusement bleue ... lol ... c'est magnifique ! et les baleines.... ça doit être émouvant de voir de si grosses "bêtes" sous l'eau ...

Bon rétablissement à Saltimbanque ... et bonne continuation :-))) continuez de nous enchanter

la mamou - 02/04/2012 09:09:28
J'avais lu que "trois gouttes" avait vu des baleines . C'est génial que vous les ayez rencontrées aussi !!! C'était donc bien leur chant que nous entendions en nous baignant du bateau !!

 
 
 
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